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EVENEMENTS

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"La science des CAQ*"

 

 

(*CARENCES ALÉATOIRES DU QUOTIDIEN)

 


EXPLORATION DE LA SÉCURISATION EXTRÊME DU QUOTIDIEN

 


 

« Comme la peur, le principe de précaution est tout, sauf un bon conseiller (…).

 Le principe de précaution serait interdit si on l’appliquait à lui-même, tant il est dangereux ».

Jean de Kervasdoué

 

 

Il est toujours difficile d’expliquer ce que sera le spectacle à venir. Mais cette difficulté est plus importante encore pour ce type de création, liée à la part importante d’explorations dont elle est souvent l’aboutissement.

 

 

La forme…


C’est souvent de l’alchimie des corps et des voix, de l’intimité ou des dissensions des comédiens se confrontant, c’est-à-dire se positionnant, se définissant à un texte, à l’autre, au regard et aux indications de jeu du metteur en scène, à un espace, aux sons et aux lumières, qu’émerge l’objet théâtral.

Parfois on perçoit l’existence de cet objet, très tôt, à la lecture du texte ou d’un événement marquant. Parfois de manière floue, certes, mais on peut tourner autour, le raconter, le décrire ; il est là ! Il a une forme. Alors entouré d’une équipe, de son équipe technique et artistique le processus se met en marche et sur le plateau le flou se dissipe peu à peu et l’objet se clarifie et prend tout son sens (du moins celui que l’on voulait lui donner).

 

Mais pour ce type d’aventure j’ai besoin, plus encore que pour la plupart des spectacles précédents, d’être entouré d’une équipe qui puisse s’approprier ce type d’expérience théâtrale dont le sens se découvre dans le temps de sa fabrication.

Je ne peux donc que faire part de mon désir de proposer des chantiers de travail autour d’expériences, et de questionnements. Ces chantiers pouvant donner lieu à des représentations intermédiaires.

Par exemple chercher, avec l’aide d’une chorégraphe, comment notre corps d’acteur prépare, s’adapte, se plie à la mise en volume du personnage à partir du texte. Comment il raconte, fait comprendre, joue en mettant en mouvement une autre compréhension, un tout autre plaisir.

Tester le rapport entre le mot, son sens, la pensée vers laquelle il nous conduit et l’émotion pure, sans analyse, sans compréhension, que sa vibration naturelle, amplifiée ou trafiquée, bref que sa musique déclenche au plus profond de nous.

Écouter l’enceinte du corps qui parle en l’aidant grâce à des capteurs, donner la possibilité au mouvement de devenir son, musique, explorer dans l'espace les trajectoires sonores des voix et des corps.

 

La démarche est d’avancer par expériences successives menées sur le plateau. Mettre en évidence l’intérêt ou la totale vacuité de la démarche mais sans oublier jamais qu’il s’agit d’un spectacle ou l’humour et l’absurde côtoieront la poésie…

 

Une autre difficulté à définir précisément ce projet, tient à ce que le texte définitif n’existe pas encore. Le travail préparatoire, les premiers chantiers d’acteurs, se sont faits autour de « Ma Main Droite » de Gille Moraton. Mais après ce premier travail, les pistes qui s’ouvrent à nous, nous poussent à abandonner certaines scènes ou au contraire à en développer d’autres, bref à adapter le texte original, d’où l’idée de demander à l’auteur, Gilles MORATON, une nouvelle pièce ou un nouveau développement à partir de textes précédemment écrits.

 

Sur le plateau se produiront trois comédiens, une femme et deux hommes. Autour d’eux, avec eux, (et peut-être aussi avant eux ?) un auteur, un metteur en scène, une chorégraphe, un musicien et un créateur lumières et images.

 

Sur scène, un trio donc, deux jeunes comédiens et une comédienne qui se connaissent, qui me connaissent. Je les ai choisis en raison de leur forte complicité, de leur jeu à la fois complémentaire et en équilibre. De plus, ils ont tous les trois l’appétit de l’expérimentation : johanne QUENOT, Pierre Trouve et Thibaud BLANCHARD. Ils sont passés par la Compagnie BLEU 202, la spécialité théâtre à Marguerite de Navarre et le conservatoire de Rennes, et tous les trois ont déjà joué ensemble. C’est avec Johanne et Pierre que j’ai créé « PETIT THÉÂTRE SANS IMPORTANCE » et Pierre et Thibaud ont joué, cet été encore ensemble, dans « LÈCHE-VITRINES… LA RECHUTE ! » Une troupe donc !

 

Depuis plus d’une quinzaine d’années la chorégraphe et danseuse Pascale PÂRIS travaille dans l’ombre de la Compagnie (Bistrot/Volpone/Lèche-Vitrines etc.) mais avec « Petit Théâtre… », nous avons pu pousser plus loin notre collaboration et connivence et c’est pendant les séances de travail de Pascale, avec Pierre et Johanne, que le désir de pousser plus loin cette expérience de « danse pour comédien, pour le théâtre… », s’est renforcé.

Le rythme, la fluidité du mouvement, cette façon très particulière de s’approprier l’espace à la fois horizontal et vertical écrit bien évidemment autre chose, mais la raideur, la maladresse, m'intéressent également. Particulièrement chez le comédien qui danse ; ce sont autant d’éléments qui découvrent un peu plus nos failles et nos fragilités, c’est pourquoi j’aime utiliser, quand le propos s’y prête, la danse et le chant… Le mélange entre la rigueur de ces disciplines et les limites naturelles du comédien participent, bien involontairement à l’élaboration des personnages, les font résonner différemment en renforçant à la fois l’humour et la tendresse.

 

Le rapport au son à la musique prendra également une place importante dans ce travail. Le mot, avant le sens, est un son. Le silence une pause, un élément rythmique, ou un vide spatio-temporel à remplir… Emmanuel DENIS, compositeur et musicien, m’accompagne depuis de nombreuses années (bien avant la création de la Compagnie) il a participé à toutes nos créations. Pendant les trois années qui précédèrent la création de la Compagnie BLEU 202, nous avons exploré ensemble énormément d’univers sonore et composé plus de cents musiques (théâtre, ballets, films, pub, tv, chansons etc.). Il sera évidemment à nos côtés pour cette nouvelle création.

 

Le fond…

 

J’avais très envie d’aborder le thème de l’Ubuesque (mais très médiatique et consensuel !) « principe de précaution ». Comment des enfants de mai 1968 héritier du « Il est interdit d’interdire ! », en arrive à mettre en place de tels principes qui, bien que partant de bons sentiments, amène à une exagération de la menace et des risques. Face à cette infantilisation, cette surprotection de l’individu, à la mise en place de lois liberticides, mais qui semble faire, aujourd’hui consensus, on est en droit de se poser quelques questions : pour qui ? Pour quoi ?

 

« Le principe de précaution est en soi-même excessif ! Il commande de donner le plus grand poids au plus petit risque. Il oblige à exagérer la menace… Il faut bien voir que, dans une conjoncture de précaution, les politiques ne gèrent pas seulement le risque objectif, difficile à établir scientifiquement en raison du manque de connaissances, mais aussi le risque subjectif, créé par l'imaginaire collectif autour de la menace ».

(François Ewald).

 

Ce principe pose en effet une question fondamentale, presque philosophique :«Face à un risque, faut-il toujours nécessairement choisir de l’éviter ? Ne faut-il pas parfois le prendre ? ». S’il est stupide et irrationnel de prendre certains risques, il n’y a pas de vie possible sans risques. « Décider qu’il faut toujours éviter le risque, même non démontré, ce qui est à la base du « principe de précaution », c’est choisir la mort, choisir de « sortir de l’Histoire », mettre volontairement un pied dans la tombe avant d’être totalement mort et enterré : c’est faire un choix de vieux, décider d’aller se réfugier en maison de retraite pour ne plus en sortir, refuser d’affronter les risques liés à toute innovation qui constituent la nature même et le charme de la vie ». (Élie Arié). « Le Principe de précaution, présenté comme destiné à instaurer la confiance publique est, en réalité, un principe de peur et de paralysie sociale… Il est un principe immodeste, arrogant même, postulant pouvoir atteindre la vérité du Bien par éradication du Mal. Sartre dirait que c’est un principe de "salaud", c'est-à-dire un principe qui donne bonne conscience, qui permet de prendre au sérieux, qui oublie la contingence… C’est du sérieux qui ne s’adresse à personne ».(Francine Demichel)

 

 Si cette réflexion peut se faire, et doit se faire, sur le terrain philosophique et politique, il me semble qu’une telle démesure, que l’absurdité d’un résonnement jusqu’auboutisme sur un tel sujet, prête inévitablement à un regard critique et humoristique sur nos peurs, nos fonctionnements.

À la lecture du texte de Gilles Moraton : « Ma main droite » (Les Éditions Théâtrales), je me suis tout de suite senti en phase avec son écriture théâtrale à la fois profonde et critique mais toujours simple et drôle, qui met en lumière toutes les petites absurdités de notre vie quotidienne. Après plusieurs échanges, il m’a généreusement proposé de nouveaux textes non encore édités et m’a également proposé de travailler sur un thème que j’aimerais particulièrement abordé. Je lui ai donc fait part de mon souhait d’explorer ce fameux « Principe de précaution » qui me semblait pouvoir être source de scènes éminemment théâtrales. Il m’a alors proposé, comme point de départ, « les relevés des travaux de recherches théoriques sur les carences aléatoires du quotidien (laboratoire de sociologie appliquée, groupe de recherche sur la sécurisation extrême du quotidien), donnés à l’occasion de son premier séminaire à Aix en Provence, le 18 mars 2010 ». (cf. : http://inventaire-du-monde.com). J’ai trouvé qu’effectivement, ça pouvait être un très bon point de départ ; les types de problématiques étaient les mêmes et toujours avec cette logique et précision d'anthropologue poussée jusqu'à l'absurde…

 

 

Daniel PÂRIS